Perrine Bellanger, diététicienne nutritionniste spécialiste des alimentations végétales

2019 !

En 2018, j’ai adoré vous rencontrer, entendre vos histoires et vous accompagner un bout de chemin vers une alimentation plus végétale, et/ou dans votre recherche d’une relation apaisée au corps et à la nourriture.

Pour 2019, je prévois de continuer sur la même lancée.

Et je profite donc de ce premier billet de l’année pour râler un peu (comme d’habitude) et revenir sur les valeurs qui guident ma pratique de la diététique.

Les bases.

Pour moi, il est essentiel que la pratique de la diététique soit basée sur les preuves et non sur des opinions ou des idées préconçues. Pas d’aliments indispensables ou miraculeux, ni d’aliments interdits, surtout jamais de régimes, mais des données scientifiques solides, du bon sens et surtout du plaisir.

De même, il est essentiel pour moi que la pratique de la diététique soit basée sur l’empathie, la bienveillance, et le consentement libre et éclairé du patient. Pas de jugements, pas de suppositions hâtives, mais une écoute et un soutien inconditionnels, et des idées qui fonctionnent pour vous parce que vous avez choisi de les essayer.

Régimes : non merci.

Mon métier m’associe automatiquement à une industrie qui me dégoûte : l’industrie de la minceur.

Pendant la période des fêtes, j’ai vu passé une foultitude d’articles sur les « excès », « s’empiffrer sans grossir », « comment contrôler son alimentation aux repas de famille », j’en passe et des meilleures (ou pires). Maintenant que les fêtes sont passées, la suite est du même acabit : « Détox après les fêtes », « éliminer les excès », etc».

Quand on pense à la diététicienne nutritionniste, on pense presque systématiquement « régime ». Et pas régime thérapeutique, c’est-à-dire une adaptation de l’alimentation aux contraintes d’une pathologie, non. On pense immédiatement « régime amaigrissant ».

Si c’est ce que vous cherchez, vous trouverez facilement (trop facilement…) un.e professionnel.le de santé pour vous accompagner dans cette démarche. Mais ça ne sera pas moi.

Manger, un acte féministe

Sans surprise, ces articles et ces conseils s’adressent très majoritairement aux femmes. Ou même, dirais-je, à la « Fâââmme ». Vous savez, celle dont la valeur intrinsèque repose sur son apparence, parfaite bien sûr. Celle qui fait bien attention à ne surtout pas trop l’ouvrir, que ce soit pour donner son avis, ou pour manger.

Les diktats de notre société patriarcale visent à nous rendre encore plus minces, encore plus fines (transparentes ? insubstantielles ?), avec pour conséquence de restreindre encore plus l’espace disponible pour les femmes, au sens propre comme au sens figuré. Nous maintenir obsédées par une minceur idéalisée, et nous culpabiliser si on ose s’écarter de l’idéal imposé, car trop grosse ou trop maigre, c’est nous empêcher d’exprimer tous nos potentiels, d’être nous-mêmes sans restriction arbitraire.

L’industrie de la minceur a une influence insidieuse sur tant d’aspects de nos vies. Même sans y participer activement, nous avons intégré ses messages, et ils nous pourrissent la vie.

Depuis le début de ma pratique, je vous écoute et vos histoires me touchent. Souvent, je suis en colère, contre une société qui colle une étiquette de « trop grosse » à des fillettes de 5 ou 6 ans. Une société qui met au régime des adolescentes pour quelques kilos « en trop » et qui déchaîne une spirale infernale de troubles du comportement alimentaire. Une société qui forge le discours des mères, qui haïssent leur corps et transmettent cette haine à leurs filles. Une société qui minimise la souffrance des femmes et qui leur renvoie la faute d’échouer dans une mission qui est de toute façon impossible. Une société violente, tant par les mots que par les comportements, au quotidien, au travail ou au sein du corps médical, envers toutes les personnes qui sortent des cases.

Tout ce temps que nous passons à nous soucier du regard des autres, de notre poids, du nombre de calories dans nos aliments, du nombre de squats à faire pour « éliminer » le croissant qu’on a mangé à toute vitesse en se sentant déjà mal de cet « écart », de la remarque indélicate d’un.e passant.e, d’un.e amant.e sur notre corps, tout ce temps nous ne le passons pas à être nous-mêmes. Nous ne le passons pas à vivre notre propre vie. Et nous ne le passons pas à dézinguer le patriarcat.

Revendiquons notre droit à jouir de nos corps quelles que soient leurs formes. Revendiquons notre droit à jouir de toutes les nourritures, les healthy comme les junk, de la frite bien huileuse au bâtonnet de carotte bio, sans autres limites que notre envie, notre appétit, notre plaisir.

Nous sommes 50% de l’humanité. Revendiquons notre place à table, car nous avons droit à notre part du gâteau. Qu’il soit bien réel ou métaphorique.

Reality check

Depuis le début de mon activité libérale, on me dit que je passe trop de temps à chaque consultation. C’est sans doute vrai. Et je gagnerais certainement mieux ma vie si je passais moins de temps avec chacun.e d’entre vous.

Consultation plus courte = plus de consultations chaque jour = plus de pognon.

Certes. Mais peut-être qu’alors ça ne serait plus qu’un boulot comme un autre, et je n’ai pas envie de ça. Même si c’est chaud financièrement, je préfère encore prendre le temps.

Malheureusement, ça ne pourra pas durer éternellement : être engagée c’est bien beau, mais gagner moins de 2000€ par an, c’est bien la merde.

Et bonne année bien sûr !

En 2019, je suis toujours là. Pour le moment.

Résolue à dénoncer encore et toujours la bullshit nutritionnelle, le sexisme et la grossophobie.

Résolument engagée pour que chacun.e, à tous les poids, tous les genres et toutes les cases pas tout à fait carrées, puisse accéder à la même qualité de soins.

Et toujours en faveur d’une alimentation plus végétale, chacun à son rythme.

En tant que diététicienne, ma voix ne porte pas beaucoup au sein du système de santé. Je n’ai pas le nombre des IDE, ou l’aura des médecins. Mais parfois, mon petit statut de professionnelle de santé peut vous aider à faire valoir vos droits. Un courrier, un compte-rendu, un appel : si je peux le faire et si ça peut vous aider, GO GO GO.

Vous avez besoin d’une diététicienne, mais pas d’un régime ? Marre qu’on vous dise de maigrir mais quand même envie de prendre soin de votre santé ? Besoin de soutien pour passer au végétarisme ? Envie de vous réapproprier votre corps et votre alimentation ? N’hésitez pas à me contacter, je serais ravie de vous rencontrer en consultation, en face-à-face (sur Tours et sa périphérie) ou en visioconférence.



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