Perrine Bellanger, diététicienne nutritionniste spécialiste des alimentations végétales

Auteur : Perrine

Vis ma vie de freelance

Anthelmophobie : n.f. peur irraisonnée des vers. Phobie qui pourrait bien me coûter la vie dans les décennies à venir quand il n’y aura plus de place pour l’élevage et que l’humanité sera obligée de se nourrir d’insectes pour les protéines ! Oh mais… attendez… […]

Nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes

Nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes

Formulation des nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes Mardi 22 janvier, j’ai pu assister à la présentation des nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes, à Saint Maurice en région parisienne. Ces derniers jours auront été riches en actualité brûlante pour le monde de la nutrition : […]

2019 !

En 2018, j’ai adoré vous rencontrer, entendre vos histoires et vous accompagner un bout de chemin vers une alimentation plus végétale, et/ou dans votre recherche d’une relation apaisée au corps et à la nourriture.

Pour 2019, je prévois de continuer sur la même lancée.

Et je profite donc de ce premier billet de l’année pour râler un peu (comme d’habitude) et revenir sur les valeurs qui guident ma pratique de la diététique.

Les bases.

Pour moi, il est essentiel que la pratique de la diététique soit basée sur les preuves et non sur des opinions ou des idées préconçues. Pas d’aliments indispensables ou miraculeux, ni d’aliments interdits, surtout jamais de régimes, mais des données scientifiques solides, du bon sens et surtout du plaisir.

De même, il est essentiel pour moi que la pratique de la diététique soit basée sur l’empathie, la bienveillance, et le consentement libre et éclairé du patient. Pas de jugements, pas de suppositions hâtives, mais une écoute et un soutien inconditionnels, et des idées qui fonctionnent pour vous parce que vous avez choisi de les essayer.

Régimes : non merci.

Mon métier m’associe automatiquement à une industrie qui me dégoûte : l’industrie de la minceur.

Pendant la période des fêtes, j’ai vu passé une foultitude d’articles sur les « excès », « s’empiffrer sans grossir », « comment contrôler son alimentation aux repas de famille », j’en passe et des meilleures (ou pires). Maintenant que les fêtes sont passées, la suite est du même acabit : « Détox après les fêtes », « éliminer les excès », etc».

Quand on pense à la diététicienne nutritionniste, on pense presque systématiquement « régime ». Et pas régime thérapeutique, c’est-à-dire une adaptation de l’alimentation aux contraintes d’une pathologie, non. On pense immédiatement « régime amaigrissant ».

Si c’est ce que vous cherchez, vous trouverez facilement (trop facilement…) un.e professionnel.le de santé pour vous accompagner dans cette démarche. Mais ça ne sera pas moi.

Manger, un acte féministe

Sans surprise, ces articles et ces conseils s’adressent très majoritairement aux femmes. Ou même, dirais-je, à la « Fâââmme ». Vous savez, celle dont la valeur intrinsèque repose sur son apparence, parfaite bien sûr. Celle qui fait bien attention à ne surtout pas trop l’ouvrir, que ce soit pour donner son avis, ou pour manger.

Les diktats de notre société patriarcale visent à nous rendre encore plus minces, encore plus fines (transparentes ? insubstantielles ?), avec pour conséquence de restreindre encore plus l’espace disponible pour les femmes, au sens propre comme au sens figuré. Nous maintenir obsédées par une minceur idéalisée, et nous culpabiliser si on ose s’écarter de l’idéal imposé, car trop grosse ou trop maigre, c’est nous empêcher d’exprimer tous nos potentiels, d’être nous-mêmes sans restriction arbitraire.

L’industrie de la minceur a une influence insidieuse sur tant d’aspects de nos vies. Même sans y participer activement, nous avons intégré ses messages, et ils nous pourrissent la vie.

Depuis le début de ma pratique, je vous écoute et vos histoires me touchent. Souvent, je suis en colère, contre une société qui colle une étiquette de « trop grosse » à des fillettes de 5 ou 6 ans. Une société qui met au régime des adolescentes pour quelques kilos « en trop » et qui déchaîne une spirale infernale de troubles du comportement alimentaire. Une société qui forge le discours des mères, qui haïssent leur corps et transmettent cette haine à leurs filles. Une société qui minimise la souffrance des femmes et qui leur renvoie la faute d’échouer dans une mission qui est de toute façon impossible. Une société violente, tant par les mots que par les comportements, au quotidien, au travail ou au sein du corps médical, envers toutes les personnes qui sortent des cases.

Tout ce temps que nous passons à nous soucier du regard des autres, de notre poids, du nombre de calories dans nos aliments, du nombre de squats à faire pour « éliminer » le croissant qu’on a mangé à toute vitesse en se sentant déjà mal de cet « écart », de la remarque indélicate d’un.e passant.e, d’un.e amant.e sur notre corps, tout ce temps nous ne le passons pas à être nous-mêmes. Nous ne le passons pas à vivre notre propre vie. Et nous ne le passons pas à dézinguer le patriarcat.

Revendiquons notre droit à jouir de nos corps quelles que soient leurs formes. Revendiquons notre droit à jouir de toutes les nourritures, les healthy comme les junk, de la frite bien huileuse au bâtonnet de carotte bio, sans autres limites que notre envie, notre appétit, notre plaisir.

Nous sommes 50% de l’humanité. Revendiquons notre place à table, car nous avons droit à notre part du gâteau. Qu’il soit bien réel ou métaphorique.

Reality check

Depuis le début de mon activité libérale, on me dit que je passe trop de temps à chaque consultation. C’est sans doute vrai. Et je gagnerais certainement mieux ma vie si je passais moins de temps avec chacun.e d’entre vous.

Consultation plus courte = plus de consultations chaque jour = plus de pognon.

Certes. Mais peut-être qu’alors ça ne serait plus qu’un boulot comme un autre, et je n’ai pas envie de ça. Même si c’est chaud financièrement, je préfère encore prendre le temps.

Malheureusement, ça ne pourra pas durer éternellement : être engagée c’est bien beau, mais gagner moins de 2000€ par an, c’est bien la merde.

Et bonne année bien sûr !

En 2019, je suis toujours là. Pour le moment.

Résolue à dénoncer encore et toujours la bullshit nutritionnelle, le sexisme et la grossophobie.

Résolument engagée pour que chacun.e, à tous les poids, tous les genres et toutes les cases pas tout à fait carrées, puisse accéder à la même qualité de soins.

Et toujours en faveur d’une alimentation plus végétale, chacun à son rythme.

En tant que diététicienne, ma voix ne porte pas beaucoup au sein du système de santé. Je n’ai pas le nombre des IDE, ou l’aura des médecins. Mais parfois, mon petit statut de professionnelle de santé peut vous aider à faire valoir vos droits. Un courrier, un compte-rendu, un appel : si je peux le faire et si ça peut vous aider, GO GO GO.

Vous avez besoin d’une diététicienne, mais pas d’un régime ? Marre qu’on vous dise de maigrir mais quand même envie de prendre soin de votre santé ? Besoin de soutien pour passer au végétarisme ? Envie de vous réapproprier votre corps et votre alimentation ? N’hésitez pas à me contacter, je serais ravie de vous rencontrer en consultation, en face-à-face (sur Tours et sa périphérie) ou en visioconférence.

Véganisme et amalgames

Après plusieurs années de conversations qui commencent par : « dis-moi, toi qui est diététicienne… », j’ai accumulé une belle collection d’opinions, d’idées toutes faites, de fausses idées et de grosses conneries sur ce qu’est (ou devrait être) la nutrition, et en particulier la nutrition […]

Vegan Place de Tours – 23 juin 2018

Vegan Place de Tours – 23 juin 2018

Le 23 juin prochain, je serais présente sur la première Vegan Place de Tours. Entre 10h et 12h, puis entre 14h et 16h, je serai aux côtés de l’Association végétarienne de France pour répondre à toutes vos questions nutrition! -Horaires variables en fonction de la […]

Journée mondiale de l’allaitement maternel

Le 29 mars est la journée mondiale de l’allaitement maternel.

Photo d'allaitement
Mon grand bébé de 11 mois qui tète, novembre 2017.

A-t-on réellement besoin d’une journée mondiale pour quelque chose d’aussi évident que l’allaitement maternel? Après tout, c’est un geste ancestral, inné comme l’instinct maternel, et puis au pire, il y a toujours le lait en poudre, et ça revient au même, non?

Si cette phrase vous semble correcte, alors oui, nous avons encore bien besoin d’une journée mondiale dédiée à l’allaitement maternel.

Dans les années 60 surviennent deux phénomènes qui auront une longue influence sur l’allaitement maternel: un marketing agressif pour le lait artificiel et un mouvement féministe qui rejette l’allaitement comme une “servitude épuisante”.

Les femmes qui, avant ou pendant une grossesse ou une adoption (cf lactation induite), s’interrogent sur l’allaitement, entendent des discours allant de l’extase totale à l’horreur absolue. Comment s’y retrouver, quand de surcroit, le lait artificiel est présenté comme “aussi bien”, “plus facile”, “moins fatigant” que l’allaitement maternel?

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois, puis jusqu’à deux ans, voire plus, l’allaitement maternel complété par une alimentation diversifiée.

Le lait maternel est l’aliment parfait pour les bébés humains : il contient la juste proportion de chaque nutriment, mais aussi des anticorps qui protègent le bébé pendant ses premiers mois de vie, ainsi que bien d’autres choses encore. Il change au fil de la croissance de l’enfant, et au fil de chaque tétée et de chaque journée. Il est toujours prêt à l’emploi, sans risque sanitaire, et surtout il est gratuit.

Le lait artificiel, quant à lui, contient une proportion de chaque nutriment qui est censée être adaptée, et strictement réglementée : un regard sur les étiquettes montre pourtant que bien des préparations pour nourrissons contiennent plus de protéines que nécessaire ou recommandé. C’est un produit complètement artificiel qui subit de nombreux traitements, et n’a plus grand chose à voir avec son ingrédient de départ, le lait de vache (plus rarement de chèvre, de soja ou de riz). Il a un coût qui peut peser lourdement sur le budget des familles. Du fait des manipulations nécessaires pour réaliser les biberons, il présente des risques sanitaires non négligeables. Régulièrement, la publicité nous vante les mérites d’un lait dernier cri avec tel ingrédient nouveau qui le rend encore plus proche du lait de maman. A chaque innovation, le lait est “encore plus proche”: on peut supposer que le lait d’il y a 30 ou 40 ans n’était finalement pas si proche que ça…

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Beaucoup de femmes de ma génération n’ont pas ou peu été allaitées, et n’ont pas vu allaiter leurs mère, tantes, et autres femmes de leur entourage. Nous n’avons pas de modèle, pas de point de repère, pas d’apprentissage passif par l’observation d’une technique utilisée simplement par d’autres autour de nous. Nous ne savons plus faire, et moins on allaite, eh bien moins on allaite!

En France, nous sommes très loin des recommandations de l’OMS, nous sommes même parmi les plus “mauvais élèves” à l’échelle de la planète. Les pays scandinaves ont des taux d’initiation de l’allaitement maternel proche de 99%, contre 74% en France (étude Epifane, 2012-2013). Ces 74% regroupent les bébés allaités exclusivement et ceux qui reçoivent des compléments de préparations pour nourrisson du commerce. En France, à l’âge de trois mois, seuls 10% des bébés sont encore allaités exclusivement (39% reçoivent du lait maternel associé à des biberons de préparations pour nourrissons).

Malgré de belles initiatives, comme le label Hôpital Ami des Bébés, et l’interdiction de la publicité pour les préparations pour nourrissons, ce qu’on appelle souvent le “lait 1er âge”, difficile de réparer un siècle de destruction massive des savoirs féminins par les médecins et les fabricants de lait en poudre… L’allaitement peine à retrouver la place qu’il mérite.

La méconnaissance générale de l’allaitement maternel par les professionnels de santé et les conseils malavisés donnés aux nouvelles mamans empêchent encore trop souvent la mise en place réussie de l’allaitement maternel exclusif.

“Vous n’avez pas assez de lait! Votre lait n’est pas assez nourrissant! Vous ne pouvez pas savoir combien il prend! Il faut lui donner un complément au biberon! Elle veut encore téter alors qu’elle a pris le sein il y a seulement deux heures, ne cède pas, c’est un caprice! Donne-lui un biberon pour le caler le soir, comme ça, il fera ses nuits! Il fait chaud, il faut lui donner de l’eau sucrée!”

Tout cela, de trop nombreuses mamans l’ont entendu. De la part de pédiatres, d’ami·e·s,  d’inconnu·e·s, de pharmacien·ne·s, de membres de la famille, mères et belles-mères en premier lieu.

Certaines ont eu la force de continuer malgré le manque de soutien, ont passé outre les conseils reçus, et ont persévéré dans leur projet d’allaitement. D’autres se sont dit, “sans doute que le/la pédiatre a raison, après tout, i·elles doivent savoir mieux que moi, c’est pour la santé de mon bébé…” et se sont exécutées, et l’allaitement s’est encore moins bien passé, jusqu’à se terminer…

Comment faire quand la “figure d’autorité”, le médecin, la pédiatre, insinue qu’allaiter ne sert à rien? Anecdote personnelle: j’ai un jour consulté pour mon fils (toujours allaité à 13 mois à l’époque) un médecin qui a eu des propos très négatifs sur l’allaitement, il avait en décoration dans son bureau des boîtes de Guigoz vintage… Cela me rend triste pour les futures mères suivies par ce médecin, et pour leurs bébés…

publicité guigoz
Publicité de lait en poudre, vers 1920. (ou sinon, donnez-leur du nichon ¯\_(ツ)_/¯, ndlr)

 

On n’est jamais mieux servi que par soi-même

Bien s’informer, c’est le premier pas vers un allaitement “réussi”. Le premier interlocuteur devrait être la personne qui suit la grossesse: la sage-femme ou le maïeuticien, le médecin traitant, la gynécologue. Et si les réponses fournies ne sont pas satisfaisantes, n’oublions pas que plusieurs décennies de marketing agressif pour le lait artificiel et de taux d’initiation de l’allaitement maternel inférieurs à 50% laissent forcément des traces sur la façon dont le sujet est enseigné aux futurs professionnel·le·s de santé.

Si c’est possible, consulter un·e autre professionel·le peut être une solution.

Et s’il n’y a personne de bienveillant alentours, voilà quelques sources d’informations fiables au sujet de l’allaitement maternel.

La Leche League: la base, la valeur sûre! Il y a probablement une animatrice ou une réunion de soutien pas très loin de chez vous. Contactez-les! Le site est une mine d’information sur tout ce qui a trait à l’allaitement maternel et au maternage.

Les Lactariums: ils recueillent les dons de lait humain, destinés principalement à l’alimentation des bébés hospitalisés, le plus souvent des prématurés. La promotion et le soutien de l’allaitement maternel font partie de leurs missions.

Le CRAT: centre de référence sur les agents tératogènes. Le CRAT informe sur les risques liés aux médicaments, vaccins, etc, pendant la grossesse mais aussi pendant l’allaitement. Destiné plutôt aux professionnel·le·s de santé, ce site permet tout de même aux mères de vérifier si les médicaments prescrits sont compatibles ou non avec l’allaitement: dans une grande majorité de cas, l’allaitement peut être poursuivi sans risque, mais on demande encore trop souvent aux mères de sevrer leur enfant pour suivre un traitement X ou Y.

Beaucoup plus technique et chronophage, mais très intéressant, ce MOOC couvre de nombreux sujets en lien avec l’allaitement maternel.

 

S’entourer de soutiens bienveillants

Ça semble être une évidence. Dans les faits, une des principales raisons d’abandonner l’allaitement peut se résumer ainsi: “je n’ai pas eu le soutien dont j’aurais eu besoin pour continuer“.

Qu’il s’agisse d’un besoin de conseils techniques, ou du soutien inconditionnel d’un·e partenaire, les nouvelles mamans ont besoin d’être entourées de soutiens bienveillants.

Quand vous rendez visite à une maman et son bébé tout neuf, ne donnez pas de conseils sans y avoir été invité·e. Faîtes preuve d’empathie, recevez ses confidences sans les juger. Ne vous comportez pas comme un·e invité·e qui attend d’être servi·e: allez faire le café vous-même, et profitez-en pour apporter une tasse de tisane de fenouil à votre copine.

L’OMS a plein de belles affiches qui peuvent donner des idées pour soutenir les mères dans leur projet d’allaitement.

Le mot de la fin

Faîtes-vous confiance et faîtes valoir votre choix.

Je défends ardemment l’allaitement maternel. Même s’il est évidemment important que les femmes puissent choisir d’allaiter ou non, il est hypocrite de dire que “ça revient au même”. Le lait humain et le lait artificiel ne seront jamais équivalents, même si les laits artificiels s’améliorent, et heureusement. Nombre de femmes qui n’ont pas allaité ont simplement manqué des informations et du soutien qui leur aurait permis de tenter l’aventure. Nombre de femmes ont quant à elles pu choisir de nourrir leur enfant au biberon, avec du lait artificiel, en connaissance de cause, et c’est tant mieux.

Oui, je défends ardemment l’allaitement maternel. Pour autant, je défends avant tout la santé des femmes. Je soutiendrais toujours avec passion les mères qui choisissent d’allaiter exclusivement, d’allaiter longtemps, défiant toutes les statistiques françaises.

Mais je respecte aussi profondément celles qui décident d’arrêter après quelques heures, quelques jours, quelques semaines. Allaiter est parfois “trop”. Trop dur, trop douloureux, tout simplement trop. La santé mentale et le bien-être des nouvelles mères devraient être la priorité absolue. Si malgré un soutien adéquat et des conseils pertinents, c’est “trop”, ça n’en vaut pas la peine. Car on peut tout à fait materner sans allaiter.

L’allaitement reste à mon sens le meilleur aliment pour un bébé, mais heureusement, l’ingrédient secret pour faire de belles personnes, c’est de les aimer fort, et ça, ça marche aussi bien dans le sein que dans le biberon!

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Cholédoc et la tentation végétale

Cholédoc et la tentation végétale

Il y a quelques semaines, j’ai reçu le dernier numéro de « Cholé-doc » dans ma boîte aux lettres, et j’aimerais partager avec vous quelques réflexions sur cette lecture.

La tentation végétale est-elle nutritionnellement acceptable? (rien que le titre, c’est déjà super, non?)

Tout d’abord, pour situer un peu : Cholé-doc est une publication gratuite, diffusée par le CERIN, centre de recherche et d’information nutritionnelles. Le nom a l’air tout à fait neutre, mais il s’agit en fait du département santé de l’interprofession des produits laitiers (source : cerin.org/notre-mission, tel que lu le 5 octobre 2017).

Cette publication, ainsi que d’autres du même type, sont des lectures très recommandées dans le cursus des futur·e·s diététicien·ne·s. En effet, les élèves sont invité·e·s à enrichir leurs cours par d’autres sources d’informations, et notamment des abonnements. Parmi les revues professionnelles, les Cahiers de nutrition et de diététique, et Information diététique sont les plus couramment encouragées.

Problème, ces revues professionnelles coûtent cher : 77€ pour quatre numéros des Cahiers, un peu moins pour Information diététique. Des sommes conséquentes dans un budget étudiant. On se tourne donc vers les documents gratuits, et c’est tout à fait compréhensible.

Seulement voilà. Ces publications gratuites mériteraient d’être commentées. Pour commencer, pourquoi sont-elles gratuites ? Qui les publie et dans quel but ?

La réponse est simple concernant Cholé-doc et ses petites sœurs, Nutridoc et Alimentation & petit budget : ces publications sont un outil de communication, émanant de l’interprofession des produits laitiers, et visant à mettre en avant les bienfaits de la consommation de produits laitiers. On ne peut donc pas les lire « naïvement » : il est à mon sens nécessaire d’en faire une lecture critique, en tenant compte de « qui parle » et « pourquoi ».

Malheureusement, l’exercice de l’esprit critique n’est que trop rarement au programme pour les futur·e·s diététicien·ne·s. Voir à ce sujet le très bon Formation des diététiciens et esprit critique.

Revenons maintenant à Cholé-doc, tel qu’il est arrivé dans ma boîte aux lettres un bon matin de septembre =) Cet opus, n°157, est signé par le Pr. Jean-Louis Schlienger, professeur honoraire de la faculté de médecine de Strasbourg.

Sur le seul plan de la forme, une relecture efficace aurait certainement mieux servi le propos de l’auteur. Les fautes d’orthographe, les phrases alambiquées et la disparition fortuite de l’α dans acide α-linolénique, sont d’ordre à distraire le lecteur exigeant. Mais passons là-dessus, et penchons-nous plutôt sur d’autres aspects du texte.

Dès les premiers paragraphes, la neutralité qu’on peut attendre d’une publication scientifique s’évapore. Normal après tout, puisqu’il ne s’agit pas d’une telle publication, mais bien d’un outil de communication.

On apprend donc que le végétalisme est:

  • « un choix idéologique » oui.
  • « porté par des inconditionnels » le terme paraît un peu fort. Et d’autres par la suite auront cette même connotation qui n’est pas sans rappeler une dimension religieuse voire sectaire.
  • « qui font la chasse » Je ne sais pas si c’est fait exprès, mais en tous cas, j’ai ri.
  • « à la moindre cruauté à l’égard des animaux ». Oui, c’est justement ça, le choix idéologique.

L’auteur évoque ensuite différentes raisons qu’on pourrait avoir d’adopter une alimentation « d’obédience » végétarienne. Ma préférence va à « l’irrépressible frisson de la contestation et de l’insoumission sociétale qui court parmi les rangs des plus jeunes qui rêvent d’une planète plus juste, plus équitable et plus durable ». A nouveau, j’ai ri.

Après avoir passé en revue les résultats d’un certain nombre d’études, pas forcément négatives ou positives pour les alimentations végétales, l’auteur nous offre deux superbes paragraphes sur les risques du végétarisme et du végétalisme.

L’auteur explore très justement un certain nombre de points de vigilance avérés de l’alimentation végétarienne (comme le fer, le zinc et les acides gras oméga-3), et propose d’avoir recours à la consommation de microalgues (ou d’œufs de poules nourries avec des aliments riches en oméga-3) pour éviter les déficits en acides gras oméga-3.

Malgré ces bons points, les sempiternelles mentions de la protéine végétale déficiente, et de l’indispensable complémentarité entre céréales et légumineuses ne nous sont pas épargnées…

 

Puis on passe au “régime végétalien”, et le ton se durcit : « incompatible avec l’équilibre nutritionnel », « entaché de carence »,  « risques inacceptables », « trouble du comportement alimentaire », « marginal et sectaire ». Ah voilà, c’est dit.

Si le recours aux microalgues et aux aliments enrichis (les œufs) est présenté comme tout à fait acceptable dans le cadre d’une alimentation végétarienne, le besoin de complémentation en B12 des végétaliens est, lui, décrit comme une aberration. Imaginez-vous, le risque de carence est tel que même « les sociétés d’obédience végétalienne recommandent vivement une complémentation en vitamine B12 ». Eh bien oui, monsieur le professeur. Il se trouve que les végétaliens connaissent les limites de leurs choix alimentaires, et que Dieu merci, une solution existe pour être végane et en bonne santé : la vitamine B12 !

C’est aussi grâce à la découverte de la vitamine B12 que le choix idéologique évoqué en introduction devient possible et viable à long terme. Mais je m’égare…

Pourquoi cette différence de traitement sur les « compléments » et les points de vigilance avérés de deux types d’alimentation tout à fait viables par ailleurs ? Peut-être parce qu’il serait bizarre que l’interprofession des produits laitiers fasse l’apologie d’un régime alimentaire qui les exclut…

Le choix des mots n’est pas anodin. En particulier pour les végéta*ismes: les choix alimentaires peu courants mettent facilement mal à l’aise les personnes qui n’ont pas eu la même progression sur le sujet. Malheureusement, ce type de texte pourrait servir de référence à des élèves qui (pour certains) peuvent manquer de la maturité et du discernement nécessaire pour faire la part des choses,  et c’est dommage. D’où l’importance d’un commentaire en classe de ce type d’article.

Sous couvert d’un discours scientifique, l’auteur véhicule des opinions, et non des faits: de nombreuses études ont montré les bénéfices d’une alimentation végétalienne bien menée*, ainsi que la nécessité de faire attention à certains nutriments. Il s’agit de faits avérés. Ne pas en tenir compte dans ce papier s’apparente à la pratique du cherrypicking, c’est-à-dire choisir les études et les passages qui vont dans le sens de l’hypothèse que l’on souhaite présenter.

Et ça, c’est pas très scientifique =)

Finissons cette lecture par une dernière citation de M. Schlienger.

« Rappelons aux prosélytes que la tolérance est une vertu capitale en matière d’alimentation ».

 

Voilà pour cette lecture. J’aurais bien ajouté quelques mots sur un ancien numéro de Cholé-doc, qui traite du végétalisme comme maltraitance nutritionnelle… Mais je garde ça pour un autre jour, car c’est collector.

 

*Voir à ce propos la position de l’association américaine des diététiciens, qui recense un certain nombre d’études tout à fait pertinentes sur le sujet.

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  Le 19 septembre dernier, l’Association Végétarienne de France a publié une lettre ouverte destinée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Vous pouvez la lire en intégralité sur le site de l’AVF. Une information solide et fiable sur les bénéfices et les […]