Perrine Bellanger, diététicienne nutritionniste spécialiste des alimentations végétales

Lecture veggie #3: le Guide du végan en herbe de PeTA

Guide du végan en herbe de PeTA

Il y a quelques semaines, j’ai vu passer sur mon fil d’actualités Facebook une actu de PeTA, faisant la promotion de leur nouveau Guide du végan en herbe.

Évidemment, j’ai tout de suite foncé sur leur site pour en savoir plus, illico téléchargé le pdf, ainsi que demandé la version papier, beaucoup plus facile à transporter car je n’emmène pas d’ordinateur ou de tablette en consultation. Commandée début juin, elle est arrivée par la poste fin juillet, avec un bonus non négligeable: pas d’emballage plastifié autour!

L’analyse d’aujourd’hui sera moins longue et aussi moins approfondie que les précédentes. En effet, le support est bien différent des livres que j’ai étudié jusqu’ici, et de fait, ses objectifs ne sont pas les mêmes.

Toutes les publications que j’ai choisi d’analyser jusqu’ici visent plus ou moins le même objectif, à savoir fournir des informations sur l’alimentation végéta*ienne, et potentiellement convaincre les lecteurs d’adopter ce mode de vie. Cependant, toutes n’adoptent pas les mêmes stratégies pour y parvenir. Certaines optent pour la justification scientifique, en citant de nombreuses études, et font donc appel à notre esprit rationnel (certaines tentent d’avoir cette approche et échouent). D’autres s’engagent plus volontiers sur la voie de l’émotion, avec des images fortes, aptes à marquer les esprits: c’est ce que fait généralement PeTA dans ses actions, et la brochure que j’ai en mains reste dans cet esprit.

La double page d’introduction nous en dit plus sur le public visé par la brochure. Il s’agit de montrer les avantages du véganisme aux non-inités, notamment grâce au trio gagnant des raisons de devenir végane: les animaux, la santé et la planète. Ces trois raisons sont en tête dans la plupart des discussions que j’ai pu avoir sur le sujet, et c’est également ce qui ressortait de mon propre questionnaire sur le végétarisme, réalisé pour mon mémoire de fin d’étude (si ça vous intéresse, on peut en discuter, n’hésitez pas à me contacter par mail 🙂 ).

PeTA nous propose ensuite «6 façons très simples de faire la transition». J’apprécie particulièrement que les produits mentionnés soient facilement accessibles: les produits de chez Sojasun sont disponibles dans beaucoup d’hypermarchés, et la plupart des magasins de grande distribution proposent des boissons végétales (de soja ou autre) sous leur marque de distributeur. Ces produits, souvent bio, sont vendus à des prix très abordables comparés à leurs équivalents de marques renommées en magasin bio. Être végane, ça n’est pas qu’un truc de riches, tout le monde peut le faire, et ça, c’est bien de le rappeler.

Pour ce qui est de trouver des restaurants qui proposent des plats véganes, c’est souvent plus simple dans les grandes villes, mais avec un peu de persévérance, on y arrive aussi en province et dans les zones rurales.

Aparté expérience personnelle: Bon, en toute honnêteté, même après plusieurs années de végétarisme puis de végétalisme, je trouve que c’est toujours compliqué: j’aimerais bien manger un repas de cuisine française au restaurant (et à un prix abordable, je n’ai pas les moyens pour du gastronomique), sans avoir à appeler trois jours avant, ni avoir besoin de bidouiller les options du menu pour composer un repas compatible. Je suis consciente que ces «contraintes» n’en sont pas pour beaucoup de végés, mais pour ma part, j’aimerais être juste une cliente normale, qui va manger au resto sur un coup de tête, et qui prend un plat normal du menu. Au pays de la charcuterie et du fromage, j’ai encore de la marge avant que cela n’arrive!

Nous avons ensuite une semaine de menus, avec des recettes. C’est varié, c’est coloré, et surtout, ça donne envie. Mon chéri, qui n’est pas végétarien, mais qui mange en majorité végétalien à la maison, a laissé échapper quelques «ça a l’air super bon ça» ce qui est, il faut le dire, une grosse performance. Il est en effet très sceptique de la cuisine végétale en général, et en particulier des plats véganes qui s’inspirent de plats traditionnellement à base de viande. La faute à l’école hôtelière, et à mes innombrables gâteaux véganes ratés (en vrai les gâteaux véganes c’est bon, je suis juste très mauvaise pâtissière). Bref, bravo PeTA, sur ce coup-là c’est réussi.

Passons ensuite à la partie purement nutritionnelle.

«Une alimentation adaptée pour toute la vie». La formule rappelle assez clairement la position de l’association américaine de diététique, bien qu’elle ne soit pas citée. Cette page 11 concerne l’alimentation des enfants et donne quelques pistes et quelques sources, qu’on peut tout à fait qualifier de fiables: l’académie américaine de pédiatrie, et le département de nutrition de l’école de santé publique d’Harvard. Par contre, bémol, rien sur la nécessité d’une supplémentation en vitamine B12. Dommage, PeTA, jusque là c’était le sans faute.

La double page qui suit est plutôt orientée vers l’alimentation des adultes.

La page 12 décrit les nombreux bienfaits du véganisme. Si PeTA mentionne différentes études, elles ne sont pas citées directement, mais bon, ça reste une brochure et je comprends la nécessité de garder les choses simples et accessibles. Pour autant, j’aurais attendu un accès aux sources via le site de PeTA France, vers lequel le lecteur est renvoyé «pour plus d’informations». Je n’ai pas trouvé, mais j’ai peut-être mal cherché.

Les chiffres annoncés sont de l’ordre du spectaculaire. Comme je l’ai déjà mentionné dans l’épisode 2, les études que je connais (citez vos sources, je veux savoir d’où viennent tous ces chiffres fantastiques!!!) indiquent certes des bénéfices, mais beaucoup moins marqués. Oui, les végétaliens ont un IMC plus faible que les omnivores, pas de beaucoup, mais quand même; oui, le risque de maladies cardio-vasculaires diminue, mais ce léger bénéfice est surtout visible pour les hommes; oui, on peut parvenir à une meilleure gestion d’un diabète de type 2 avec une alimentation végane, mais arrêter tout traitement ne sera pas forcément possible, et on peut parvenir à des résultats similaires avec une alimentation omnivore bien gérée. Même s’il offre nombre d’avantages, le véganisme n’est pas la panacée. S’il s’agit de vendre du rêve, c’est gagné, mais pour la validité scientifique, pas tout à fait. Mais comme l’objectif annoncé est de convaincre, la démarche de PeTA est cohérente: les chiffres sont exagérés,  mais pour autant, les informations proposées ne sont pas complètement fausses… juste très très trèèèès grossies.

La page suivante revient sur certains points classiques de l’alimentation végétale: les protéines, le calcium, le fer, les vitamines du groupe B, et les acides gras oméga 3.

Rien de particulier à rajouter, ce qui est dit est juste. Et la vitamine B12 est bien mentionnée cette fois, avec la nécessité de prendre un supplément si les aliments enrichis ne suffisent pas ou sont introuvable. Notons que c’est le cas pour la plupart des véganes de France: les produits enrichis en B12 sont encore rares dans l’hexagone, donc à moins d’importer beaucoup de similis d’outre-atlantique (bonjour le bilan carbone), un supplément reste la meilleure option.

Les pages suivantes ne relèvent plus de la nutrition. Il s’agit ici de donner un aperçu des conséquences de la production de denrées animales. Pas d’images «choc», mais un vocabulaire tout à fait explicite, pour confronter le lecteur à ses contradictions: ils sont tous les deux joueurs, mignons, affectueux, intelligents et curieux, alors pourquoi traiter différemment un chiot et un porcelet?

En conclusion

Commandez-le pour vous, envoyez le pdf à vos amis omnivores, et discutez-en ensemble!

Je pense que ce Guide du végan en herbe est un excellent outil pour une première approche de la question du véganisme.

D’autres supports seront immanquablement nécessaires pour approfondir, mais comme point de départ, c’est top. Par exemple, la société végane française a compilé les recommandations officielles issues de différents pays en matière de véganisme. Ce document constitue une excellente base pour tout l’aspect théorique d’une alimentation végane bien menée.

Un dernier point de détail, mais qui a son importance:

Le choix de l’orthographe pour «végan» est toujours problématique. La prononciation des mots anglais chez les francophones nous ramène encore et toujours vers la question de la qualité de l’enseignement des langues étrangères à l’école. C’est un débat pour un autre lieu et un autre jour, mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis ni «vi-gant», ni «vé-gant», et encore moins «vé-gens», je suis «végane», et cela n’a rien à voir avec mon identification de genre, car «végane» fonctionne aussi au masculin. Vous pouvez lire un article très bien fait à ce sujet sur le blog d’Antigone XXI.

Et c’est tout pour aujourd’hui! La semaine prochaine, on parlera purée et alimentation de l’enfant, avec une analyse de Bébé veggie, d’Ophélie Véron et Marjorie Crémadès.



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