Perrine Bellanger, diététicienne nutritionniste spécialiste des alimentations végétales

Lecture veggie #2: Mon Cahier Veggie, de Hélène Defretin

Image Mon cahier Veggie
“Mon cahier veggie”, avec en bonus une petite bête poilue qui se demande bien pourquoi elle n’est pas la star de cette photo ^^

Pour ce deuxième épisode, j’ai choisi de me pencher sur Mon Cahier Veggie, écrit par Hélène Defretin. Après les nombreuses heures engagées dans l’écriture du premier épisode, je me suis dit qu’un petit cahier, en plus écrit par une diététicienne, ça serait forcément du gâteau (végane). 

Pour plus de détails sur ma démarche, vous pouvez vous reporter à ces deux articles: Lectures de l’été et Un dernier point avant de commencer!

Commençons par l’aspect extérieur de ce cahier.

La couverture. C’est vert. Vert veggie dirais-je. Le vert «cliché» du bouquin sur le végétarisme. Au moins on sait à quoi on a affaire.

L’illustration de couverture. On y voit un personnage féminin un peu maigrichon, qui porte un sac de légumes. Cela m’inspire une série de questions sur l’intention derrière cette illustration. Est-ce que cela sous-entend que «veggie» c’est pour les filles? Donc pas pour les garçons virils qui ne mangent pas de trucs verts, eux? C’est pour être ou pour devenir mince? Moué. Mon âme de féministe a eu comme un spasme nerveux face à ce dessin. Sinon l’illustration en elle-même est tout à fait dans l’air du temps, c’est vendeur…

Quatrième de couverture. Du texte descriptif, accrocheur, façon magazine féminin, avec des jolies promesses: «aucun risque de carence ou de prise de poids». Les illustrations de ce côté-ci sont du même acabit. Petit couple mignon (hétéro blanc et mince), qui fait du sport, guidé dans sa course par un poireau souriant (lol) et filiforme, tandis qu’une vilaine cuisse de poulet triste et ronde les poursuit. 

Donc en gros, si je tire une conclusion un peu simpliste de ces dessins, on a d’un côté «être mince c’est ok, c’est tendance tout ça» et de l’autre «être gros c’est nul et triste». Bonjour le body-shaming/fat-shaming à peine voilé. En plus, c’est encore un personnage féminin qui sert à manger, et encore un personnage féminin qui fait les courses, bref, on est en quelle année déjà?

L’objet-livre. Avec son format cahier d’écolier, j’ai l’impression d’avoir acheté un cahier de devoirs de vacances. Totalement régressif. Les thèmes «cahier» et «veggie» continuent à l’intérieur: le texte est imprimé en noir et «vert veggie» sur fond de quadrillage.

L’auteur: Hélène Defretin. Je ne la connais pas. Le texte de quatrième de couverture nous apprend qu’elle est diététicienne depuis 15 ans et qu’elle connaît très bien le mode de vie végétarien. Son site internet est mentionné, et on peut y trouver notamment des références d’autres ouvrages qu’elle a écrits, avec en particulier un «cahier minceur» (en fait il y en a toute une série) dont la couverture est ROSE. *Hémorragie oculaire* (apparemment, il s’agit d’une ancienne édition, la nouvelle n’est plus rose semblerait-il, mais la collection abrite de sacrées perles).

L’éditeur. Solar. Je les connais simplement de nom, et aucun titre de chez eux ne me vient à l’esprit au premier abord, donc je n’ai pas d’a priori positif ou négatif sur leur catalogue. Pourtant en découvrant les autres titres de la collection “mon cahier”, je m’interroge: “mon cahier beach body”? “mon cahier ventre plat”? “mon cahier brûle-graisse”? Autant dire que j’ai les yeux qui brûlent, mais grave.

Passons maintenant au contenu, que je commenterai chapitre par chapitre.

Chapitre 1: Veggie, quésaco?

Après une page d’introduction, nous entrons dans le vif du sujet, avec une très traditionnelle page de définitions (page 4). Cette idée est toujours intéressante, car en fonction des personnes à qui l’on s’adresse et de leur expérience du «veggie», les définitions peuvent varier grandement.

Aparté «formation des diététiciens»: notons que, encore aujourd’hui, la majorité des professionnels de santé, et en particulier les diététiciens, reste convaincue qu’un végétarien mange du poisson, et qu’une personne qui ne mange ni viande ni poisson tout en consommant des sous-produits animaux est un végétalien; le véritable végétalisme est rarement envisagé, ou passe pour le fait exclusif d’illuminés sectaires. D’où la nécessité de bien redéfinir les termes avec les personnes qui vous suivent, par exemple pour éviter les mauvaises surprises sur un plateau repas à l’hôpital. Heureusement, les choses commencent à évoluer!

Ici, le terme «végétarisme» est utilisé comme un terme «parapluie», qui englobe aussi bien les personnes qui mangent du poisson que les véganes. L’amalgame est un peu facile, mais admettons. Le reste des définitions correspond globalement aux définitions les plus communément admises parmi les végés et leurs associations.

L’auteure nous explique également son but: «vous donner des outils pour équilibrer au mieux vos repas sans viande ni poisson, que vous mangiez ou non des oeufs et des produits laitiers.»  Du conseil de diet pour végés de tout poil, ça s’annonce donc plutôt bien!
(Alerte spoiler: en fait… pas vraiment.).

La suite de ce premier chapitre a été particulièrement difficile à lire.

Nous avons tout d’abord droit à un test «quel végétarien êtes-vous?» façon magazine féminin. Malgré mon envie de jouer le jeu, en tant que végétalienne, je suis bloquée dès la première question. Le nom du test est donc un peu à côté de la plaque…

 

Je mets donc à contribution mon cher et tendre, prêt à tout pour la science, et un bisou. Je lui fais subir l’intégralité du test, avec lecture des résultats et tout et tout. On était à deux doigts de se peindre les ongles au tipp-ex en regardant Hélène et les garçons.

Nous avons tous les deux trouvé les questions complètement cruches, et les réponses proposées encore pires (c’est dire) et surtout très orientées: on y vise clairement un public féminin, jeune, et surtout omnivore qui serait bien tenté par cette nouvelle «tendance veggie». 

Les résultats du test sont aussi généralistes et précis que l’horoscope d’un vieux programme TV de salle d’attente. Petite analyse, un peu méchante mais à peine exagérée, des sous-entendus des trois profils proposés:

  • Premier choix: vous êtes sûrement grosse et malade, et également bornée puisque vous pensez que végé = fadasse. Ne vous inquiétez pas, de l’info adaptée à vos capacités va suivre.
  • Deuxième choix: c’est, à mon avis, le «moins pire». Vous avez besoin d’infos pour équilibrer votre alimentation sans viande ni poisson. Mais attention! «Ne tombez pas dans la rigidité!» Car oui, c’est bien connu, avoir des principes et vivre en accord avec eux, c’est être rigide.
  • Troisième choix: Vous êtes prêt-e à devenir végé. «Et si vous êtes à tendance «vegan», etc». J’aurais tant à reprocher à cette formulation… Être végane n’est pas une tendance, c’est un mode de vie qui dépasse le cadre de l’alimentation. Réduire le véganisme à une simple tendance m’agace. Mais passons. Le paragraphe se termine sur la sempiternelle association de «vegan» et «sans gluten», qui m’agace aussi, donc je ne m’étends pas sinon je vais râler pendant 10 pages…

Conclusion de mon amoureux sur ce test: «c’était nul à chier. Tu l’as vraiment acheté ce bouquin?» Oui je l’ai acheté, et ça m’embête d’avoir contribué par cet achat à:

  • encore une publication qui prend les filles pour des potiches,
  • une publication qui m’envoie du fat-shaming à la figure toutes les 2 pages,
  • une publication qui surfe clairement sur la «tendance veggie» de ces dernières années, sans trop se soucier de la qualité pourvu que ça fasse du chiffre.

Alors peut-être que l’intention de départ était bonne, peut-être que ça permettra à certaines personnes d’éviter les écueils d’un changement d’alimentation avec zéro information valable autre que «c’est la mode». Toujours est-il qu’au bout de 7 pages, ce bouquin a déjà réussi à bien me sortir par les yeux. Et on n’a même pas commencé à parler de nutrition.

La section suivante de ce premier chapitre rassemble les «10 commandements du végétarien heureux». Ou comment faire passer, avec pseudo-humour et cruchitude, les végétariens pour des illuminés sectaires. Autant dire que la formule n’attire pas ma bienveillance: le lien entre dogme et végétarisme est un tout petit peu (vraiment tout petit petit peu) trop évident.

HD y étale un certain nombre de mythes sur le végétarisme, que les végétariens aiment aussi à entretenir eux-mêmes, soyons honnêtes. Cependant pour la plupart des affirmations «santé» de ces 10 commandements, les recherches effectuées sur ces sujets ne montrent pas nécessairement d’effet «miraculeux» d’une alimentation végétarienne ou végétalienne; une amélioration, un risque moindre, etc, oui, mais pas du tout la panacée. Les études menées par l’université de Loma Linda sur la population d’Adventistes du 7ème jour présentent des résultats de cet ordre. HD cite donc «des études», le bon vieux raccourci de la pseudo-validité scientifique, mais ne les cite pas. Dommage.

HD cite une seule étude dans cette section: l’étude su.vi.max, menée entre 1994 et 2002 par Serge Hercberg, qui dirige actuellement l’étude NutriNet-Santé (inscrivez-vous et participez à la mise à jour des recommandations nutritionnelles afin qu’elles intègrent enfin le végétarisme et le végétalisme autrement que pour une mise en garde sur des dangers supposés).

HD nous indique que «l’étude su.vi.max a permis de corréler l’ingestion de facteurs protecteurs des cancers, les antioxydants, et la diminution de la fréquence des cancers.» Je n’avais pas prévu de commenter ce passage, et puis je suis allée rafraîchir mes souvenirs de l’étude en question, et je lis donc que (grossièrement traduit): «aucune différence majeure n’a été détectée entre les groupes pour ce qui est de l’incidence totale du cancer, des maladies cardio-vasculaires ischémiques, et de la mortalité toutes causes confondues.» L’étude montre toutefois une légère amélioration de ces risques pour les hommes, probablement en conséquence de leur statut nutritionnel en micro-nutriments moins bon au début de l’étude que celui des femmes. On est donc assez loin de ce qu’en dit Hélène Defretin.

Autre «commandement» qui m’a un peu hérissée: «le diabète de type 2 tu éviteras». HD nous propose donc d’éviter le diabète de type 2 en régulant notre poids grâce aux calories éliminées par l’absence de viande. Bien… D’une part, les viandes ne sont pas nécessairement des produits très caloriques, et celles et ceux qui ont subi des régimes amaigrissants en tant qu’omnivores ont certainement souvenir d’innombrables repas à base de blanc de poulet… D’autre part, les calories «évitées» par la suppression de la viande seront remplacées par des calories végétales, donc pas «d’économie» en vue, d’autant plus qu’il est tout à fait possible de choisir des aliments de remplacement avec une valeur énergétique plutôt élevée. Le raccourci est donc un peu facile.

Mon conseil de diététicienne: Chers végés de tous poils, ne vous imaginez pas qu’en devenant végés vous allez régler tous vos problèmes de santé. Vous allez très certainement vous sentir mieux qu’avec une alimentation pleine de junk food à la viande. Mais ça, ça semble assez logique. Pour ce qui est des risques de maladies bien nulles comme le diabète, l’hypertension, ou les maladies cardio-vasculaires, vous allez peut-être réduire vos risques de les développer. Insinuer qu’avec une alimentation végétale, vous atteindrez le nirvana du risque zéro, c’est totalement anti-scientifique. Si vous avez des antécédents ou des facteurs de risques de développer ces maladies, si vous devenez végés, vous limiterez sûrement la casse. Mais en parallèle, ne renoncez surtout pas à un suivi médical sérieux, sous prétexte que vous êtes devenus végés et que donc «tout ira bien».

Un point de terminologie: pourquoi parler d’alimentation «carnassière»? On a un mot très bien pour décrire les humains qui mangent de la viande, c’est «omnivore». Le carnassier, lui, se nourrit de proies vivantes. Ce qui ne correspond pas tout à fait à nos habitudes gastronomiques…

Dernier point sur ce chapitre avant de passer, enfin, à la nutrition. Dans son sixième «commandement», HD nous dit: «les animaux tu protégeras». Ok, ça a l’air plutôt cool comme idée. Puis à la lecture du paragraphe, on découvre une position plutôt welfariste face aux conditions de vie des animaux d’élevage. L’auteur semblerait donc prôner plutôt un flexitarisme élitiste et «tendance», qu’un réel passage au végétarisme.

Chapitre 2: «Manger veggie au quotidien»

  • Protéines

HD nous parle direct de la combinaison des protéines. Je vous invite donc à consulter cet article sur le mythe des associations de protéines végétales, en anglais et en français. Si vous l’avez déjà lu pendant l’épisode 1, il n’a pas changé 🙂

  • Calcium

HD nous parle encore «d’études», mais lesquelles? Je suis tout de même d’accord sur le fond: mieux vaut limiter les pertes en calcium par une alimentation riche en potassium et pauvre en sodium et protéines animales (entre autres facteurs), plutôt que d’essayer de les compenser par un apport très important de produits laitiers. Mêmes références que dans l’épisode 1.

  • Vitamine B12

«En consommant des oeufs et des laitages, vous ne risquez pas de carences.» Faux. Je vous invite à consulter le site vivelab12.fr et le groupe facebook du même nom pour plus d’informations à ce sujet.

A titre d’exemple, voici un petit calcul de l’apport en B12 pour une consommation de trois produits laitiers par jour, et pour une consommation de deux produits laitiers et deux oeufs, consommations relativement habituelles pour un végétarien.

Les recommandations nutritionnelles pour la population française indique un apport conseillé de 2,4 µg de vitamine B12 par jour. Pour assurer une absorption optimale, les associations végés recommandent plutôt 3 µg répartis tout au long de la journée. Ces recommandations concernent les adultes en bonne santé, pour les enfants ou les personnes âgées, elles seront différentes.

Aliments
(portions usuelles)

Teneur en vitamine B12 en µg/100g

Teneur en vitamine B12 pour la portion (µg)

Lait 1/2 écrémé, 250 mL

0,2

0,5

Yaourt nature, 125 g

0,2

0,25

Camembert, 30 g

0,85

0,255

Total

1,005

Yaourt aux fruits, 125 g

0,15

0,19

Emmental, 30 g

2,01

0,6

Oeufs, 2 (ici oeufs durs)

1,11

1,33

Total

2,12

Conclusion: c’est limite. Ne prenez pas de risques, prenez plutôt un supplément.

  • La question des céréales avec ou sans gluten

En l’absence d’intolérance avérée, supprimer le gluten est inutile. Mais la pertinence de cette question dans le cadre de l’alimentation végétarienne reste douteuse. L’amalgame entre “sans gluten” et “vegan” est en effet assez courant, alors que ces deux critères alimentaires ne sont tout simplement pas liés. 

  • Les légumes, les légumineuses et les joies de la digestion

L’auteur nous indique la voie du bon sens: si vous n’avez pas (ou plus) l’habitude de manger beaucoup de légumes et de légumineuses, introduisez d’abord de petites quantités pour réhabituer votre système digestif à ces aliments. Sinon en effet, gare aux flatulences et aux ballonnements.

  • «Comment diminuer ma consommation de viande?»

A nouveau et c’est tant mieux, du bon sens: il s’agit principalement de redevenir un consommateur averti.

Chapitre 3: «les meilleurs aliments végétariens»

HD fait le tour des grandes catégories d’aliments végétaux: légumes, céréales, légumineuses, fruits, oléagineux, épices et herbes aromatiques, et enfin le soja. Si les informations fournies sont globalement exactes, il me semble important de revenir sur trois points.

  • La notion de «sucre lent»: bien que toujours parlante et régulièrement évoquée dans les média, cette notion n’est plus adéquate. On privilégie à l’heure actuelle les notions de glucides complexes (grosso modo les anciens «sucres lents») et glucides simples (les «sucres rapides»). Les uns n’étant pas plus mauvais que les autres, car tous ont leur utilité! Il s’agit surtout de faire les bons choix: plutôt des céréales complètes, limiter les produits et boissons sucrés, etc.
  • Céréales et légumineuses: toujours pas besoin de les associer 🙂
  • Le soja: attention à l’usage du terme «lait» pour les boissons au soja et autres boissons végétales. Même si on le fait tous chez nous, moi la première, respecter ce détail de terminologie dans les espaces publics et les publications, c’est aussi supprimer un point d’argumentation pour les détracteurs du mode de vie végane (qu’ils soient professionnels de santé, industriels, ou votre voisin devenu expert en nutrition quand vous avez dit «tofu»). En effet, cela montre bien que oui, nous sommes au courant que ça n’est pas du lait d’animal (et c’est bien pour ça qu’on en boit!), nous sommes au courant que ça n’a pas les mêmes propriétés nutritives et que ça ne remplace pas les préparations maternisées pour nourrissons, et c’est bien pour ça qu’on n’en donne pas à nos bébés, à moins d’être passé à côté de l’info, et c’est dommage pour le bébé, ses parents, et toute la communauté des végétaliens sur qui se reflète toujours négativement ce genre d’affaire… Bref. Dites «boisson au soja» en public, et mettez du lait de soja dans vos corn flakes en privé, ou d’avoine ou de riz ou de noisettes, ou comme vous voulez en fait, c’est vous qui voyez. Et pour vos bébés, si le sein n’est pas une option, choisissez des préparations pour nourrissons faites exprès: végétales ou animales, elles répondent aux mêmes critères de composition, qui sont archi méga stricts. Donc pas de danger.

Chapitre 4: «comment manger équilibré?»

Ce chapitre renferme un certain nombre de conseils nutritionnels dont l’objectif est la composition de repas équilibrés, associés à une bonne hygiène de vie autour de l’alimentation. Beaucoup de bon sens donc, et c’est bien, mais des données pas tout à fait à jour, c’est moins bien, et quelques notions sans réels fondements scientifiques. Revenons sur quelques points.

  • Tout d’abord, HD nous propose une répartition en macro-nutriments (protéines, lipides et glucides) qui correspond aux anciennes recommandations françaises. Depuis 2011, ces recommandations ont évolué. Elles sont exprimées en pourcentage de l’apport calorique total de la journée. Encore une fois, ces recommandations concernent majoritairement les adultes en bonne santé. Pour les autres populations, elles sont un peu différentes.

Macronutriments

Recommandations de Mon Cahier Veggie

Nouvelles recommandations

PROTEINES

12 à 14%

11 à 15%

LIPIDES

30 à 35%

35 à 40%

GLUCIDES

51 à 58%

45 à 54%

J’ai déjà développé la question des apports en lipides dans l’épisode 1. Si ça vous intéresse, je vous invite donc à aller consulter cet article.

  • «Eviter de boire pendant les repas». Cette notion ne fait pas consensus. Certains vous diront “surtout pas à table!”, d’autres vous diront “jamais en dehors des repas!” Alors on fait quoi? Prenez donc ce conseil de bon sens: si vous avez soif, buvez de l’eau, peu importe à quel moment, tant que vous vous hydratez suffisamment.
  • «Vos apports nutritionnels journaliers doivent être répartis sur trois repas: un petit-déjeuner, un déjeuner et un dîner.» Je ne suis pas d’accord avec HD à ce sujet. Ce schéma des trois repas par jour est loin d’être universel, et tout le monde ne rentre pas dans cette petit case. A chacun de trouver son propre rythme et peu importe si ça fait deux repas ou cinq, tant que les besoins sont couverts (ni trop ni trop peu).
  • Page 32, on trouve un petit encart sur le sucre, qui vante les mérites des sucres autres que le sucre blanc raffiné. Les sucres dits «alternatifs», c’est-à-dire autres que le sucre blanc raffiné classique, ont la cote en ce moment. Ces sucres restent cependant, avant tout, des sucres. Même si des micro-nutriments ont été préservés par l’absence de raffinage, ces sucres sont toujours des sucres, avec un apport calorique globalement proche du sucre blanc. Rapporté à une portion, leur teneur en micro-nutriments est quasiment négligeable (valeurs pour le sucre en poudre et le sucre type rapadura sur la base de donnée américaine Nutrient Database). Dans certains cas, leur index glycémique peut être moins élevé que pour le sucre blanc, ce qui peut éventuellement être un facteur de choix. Mais quoi qu’il en soit, consommer du sirop d’agave en quantité, sous prétexte que c’est plus sain, plus «healthy» ou plus «clean», ne vous apportera aucun bénéfice par rapport au sucre blanc raffiné. Le bon sens voudrait donc que l’on se déshabitue du goût sucré, au lieu de chercher à tout prix le sucre magique. Comme pour le gras, gardez les grandes débauches de sucre pour des occasions spéciales, qui resteront occasionnelles et ponctuelles.
  • «Beurre ou margarine?» page 33: «le beurre ayant pour origine une graisse animale, il est composé d’acides gras saturés et de cholestérol, qui favorisent les maladies cardio-vasculaires.» Certes, mais le raccourci «cholestérol = infarctus» est bien réducteur. Si le choix doit se faire entre beurre et margarine, ça n’est probablement pas sur les qualités ou les défauts de composition de l’un ou de l’autre qu’il faudra s’arrêter. Le beurre contient un certain nombre de vitamines liposolubles, c’est-à-dire transportées par le gras, et c’est souvent un argument en sa faveur, mais en fonction des préparations, la margarine peut aussi en contenir. Pour ce qui est de la nature des lipides, la margarine étant faite principalement avec de l’huile de palme, ou dans le cas rare d’une margarine sans huile de palme, avec de l’huile de coco, sa teneur en acides gras saturés n’a rien à envier à celle du beurre. Ces deux produits sont donc tout autant l’un que l’autre, à consommer avec modération, dans le cadre d’une alimentation par ailleurs variée et équilibrée.
    Vous pouvez retrouver une réflexion plus complète sur les acides gras et sur l’huile de coco dans l’épisode 1.

Pour conclure sur ce quatrième chapitre, je regrette que le concept périmé de la protéine végétale incomplète soit aussi omniprésent. La répétition, assénée à chaque page, de la nécessité absolue de combiner les protéines végétales est d’une part rébarbative, et d’autre part entretient l’idée qu’équilibrer une alimentation végétarienne demande beaucoup de vigilance et de planification, ce qui ne reflète pas vraiment la réalité.

Sur une note plus positive, les conseils de bon sens fournis par l’auteur sont pertinents, que l’on soit végétarien ou non: prendre le temps de manger en mastiquant suffisamment, à table, en choisissant des produits de saison, etc… Là, on est d’accord.

Chapitre 5: «mes menus équilibrés pour chaque saison»

J’inclus dans ce chapitre les quelques pages qui le précèdent, et qui contiennent un nouveau test. Il s’agit ici de définir son «profil», et donc ses besoins nutritionnels «personnalisés». L’auteur propose six profils différents, qui diffèrent par les quantités recommandées pour chaque catégorie d’aliment. J’apprécie l’idée: plutôt qu’un menu “taille unique”, le lecteur pourra personnaliser les portions en fonction de ses besoins.

Je n’ai pas refait tous les calculs qui ont permis de définir les chiffres, mais les proportions proposées ont l’air globalement cohérentes, à une exception près: le fromage. En effet, on peut facilement arriver à des quantités avoisinant les 100 grammes quotidiens, même pour les «petits» profils. Je tiens à rappeler que le fromage n’a pas vocation à remplacer les produits carnés: même s’il contient une quantité de protéines intéressante, sa teneur élevée en lipides impose qu’on le consomme avec modération. 30 à 40g par jour suffisent généralement, éventuellement un peu plus pour les personnes très actives.

Suivent ensuite quatre semaines de menus pour chacune des quatre saisons. Je ne vais pas commenter ces menus. Cependant, si vous aviez des questions par rapport à un menu particulier de cet ouvrage, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires ou par mail (rubrique contact, à gauche de l’écran si vous lisez sur un ordinateur).

A noter: la plupart des menus sont végétariens, et plus ou moins adaptables en version végétalienne. Si l’auteur propose parfois des alternatives pour végétaliser les recettes, beaucoup contiennent des oeufs, et dans ce cas, aucune substitution n’est proposée. Le fromage a également une place d’honneur. Parmi les substitutions proposées, une m’a particulièrement amusée: HD nous propose de remplacer le fromage râpé par du tofu sur un croque-monsieur. Effectivement, ça ne change pas tellement la valeur nutritionnelle du repas. Mais d’un point de vue purement gustatif, pour moi, ça ne fonctionne tout simplement pas 😉

Conclusion:

Malgré son apparente inclusion du végétalisme, ce livre reste majoritairement orienté végétarisme. C’était mon impression première au moment de l’achat, donc je ne me sens pas flouée par cet aspect du bouquin.

Du point de vue nutritionnel:

  • Des informations qui manquent cruellement de mise à jour, en particulier au sujet des protéines et de la vitamine B12,
  • Pas vraiment de sources citées, ou alors mal exploitées,
  • Une orientation qui se veut végétarienne, mais qui frôle toujours le flexitarisme. Ce titre s’adresserait donc plus à des personnes encore omnivores qui s’interrogent sur le végétarisme.

Avantages et inconvénients hors nutrition:

  • Avantages.
  • La section des menus est bien remplie, donc il y a pas mal d’idées à piocher dedans si vous manquez d’inspiration pour vos repas. Gardez juste à l’esprit que combiner les protéines… on s’en fiche. L’avantage de cette obsession de l’auteur, c’est que ses menus présentent une bonne variété d’aliments, et ça c’est toujours intéressant pour un bon équilibre nutritionnel.
  • Une courte section «carnet d’adresse» en fin d’ouvrage, qui cite entre autres le site de l’association végétarienne de France, et le blog de Marie Laforêt, lecture toujours plaisante 🙂
  • Inconvénients
  • La lecture est rendue ardue par l’impression sur quadrillage. C’est une vision très personnelle, mais en tant que porteuse de lunettes à correction bizarre, le quadrillage, c’est bof, surtout quand le texte ne suit pas les lignes.
  • Gros problème de body-shaming, et de cruchitude aiguë.

 

Alors, on achète ou pas?

  • Pour les menus, éventuellement.
  • Pour l’aspect nutrition, non, les données ne sont pas à jour, l’obsession pour la combinaison des protéines est agaçante, et ça ne vaut pas les 7€90 demandés.
  • Pour l’aspect fat-shaming, body-shaming, et rétrograde des illustrations, clairement pas.

Au bout du compte

Vu que l’auteure est diététicienne, je partais assez confiante. Je me suis même dit «après les 4100 mots du premier épisode, je vais pouvoir aller plus vite sur ce bouquin-là, j’aurais peut-être même le temps de prendre de l’avance en préparant deux articles cette semaine… Ça va être chouette, j’aurais plein de choses positives à dire». En fait non, grosse déception. Et beaucoup de frustration vis-à-vis de cette collègue, qui à mon sens, ne fait pas honneur à sa profession avec ce livre. Ah les premières impressions…

Avis à mes collègues et futur-e-s collègues diététicien-ne-s. Nous sommes des professionnel-le-s de santé. Nous avons travaillé dur pour obtenir un BTS réputé comme l’un des plus difficiles (je ne connais pas les exigences du DUT, mais je suppose que c’est pas de la tarte non plus). Mais voilà, avoir un bout de papier en poche ne suffit pas à faire de nous de bon-ne-s diététicien-ne-s. Notre domaine principal, la nutrition, est en constante évolution. Nous devons donc constamment nous tenir informé-e-s, et mettre à jour nos connaissances et notre discours avec chacune de ces évolutions. C’est à ce seul prix que notre profession obtiendra et conservera la considération qu’elle mérite.

Ajout du 23 juillet 2016: j’ai oublié de le mentionner à la première rédaction mais après coup, il me semble important de noter que ce cahier a été publié en 2015. On peut donc lui supposer une période de rédaction en 2014, au pire du pire en 2013. A ces dates, les recommandations officielles pour les lipides avaient déjà été modifiées, et les données sur la combinaison des protéines étaient déjà bien connues. Pas d’excuses donc, pour les données périmées…

NB: Attention, en cas de problème de santé, consultez toujours un médecin avant de modifier vos habitudes alimentaires. Les conseils nutritionnels exprimés ici ne se substituent en aucun cas à une consultation en bonne et due forme, que ce soit avec un médecin ou un diététicien. Si vous craignez d’aborder la question de l’alimentation végétale avec votre professionnel de santé habituel, n’hésitez pas à contacter l’association végétarienne de France, qui tient un annuaire des professionnels de santé ouverts aux questions du végétarisme et du végétalisme.

Comme la semaine dernière, si vous avez vu une coquille, des mots oubliés, ou pire, des fautes d’orthographes, des erreurs ou des informations pas à jour, contactez-moi vite pour que je corrige tout ça 🙂

J’espère que cette analyse vous sera utile pour choisir votre prochain achat de bouquin végé!

A la semaine prochaine pour de nouvelles aventures 🙂



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