Nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes

Formulation des nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes

Mardi 22 janvier, j’ai pu assister à la présentation des nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes, à Saint Maurice en région parisienne.

Ces derniers jours auront été riches en actualité brûlante pour le monde de la nutrition : la parution dans The Lancet de Food in the Anthropocene, article qui propose une alternative alimentaire saine à la fois pour les humains et pour l’environnement, la parution du nouveau Guide Alimentaire Canadien, et plus près de chez nous, les tant attendues recommandations sur l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité pour les adultes.

Ces nouvelles recommandations ne sont pas surprenantes dans la mesure où elles s’appuient sur des documents qui sont disponibles depuis quelques temps déjà, notamment ce rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail), et ce rapport du HCSP (Haut Conseil de Santé Publique). Ce qui nous intéresse donc particulièrement, c’est bien la traduction de ces rapports, très complexes, en recommandations simples, accessibles et faciles à adopter, pour le grand public.

Et puisque ce blog n’a pas vocation à être objectif, je vais vous parler de ce qui me plaît dans ces recommandations, et de ce qui me laisse un peu sur ma faim.

La plupart des images et des citations ci-dessous sont tirées du « dossier pédagogique » disponible sur le site de Santé publique France.

Les tops

Conseils généraux : une section peu mise en valeur dans le dossier pédagogique

conseils généraux des nouvelles recommandations alimentaires pour les adultes

Enfin des recommandations qui ne parlent pas uniquement des familles d’aliments, et du nombre de chaque sorte etc. Enfin on parle de ce qui entoure le repas, et de la qualité des aliments.

Manger avec plaisir, n’est-ce pas la base ? Nous aurions pu faire un pas de plus, et dire, comme le nouveau Guide Alimentaire Canadien, « prenez vos repas en bonne compagnie ». Mais c’est déjà un énorme progrès.

Autre point positif : la santé humaine n’est plus la seule donnée importante, les questions environnementales font leur entrée dans les recommandations. Donc manger avec plaisir c’est bien, en privilégiant les productions locales, la saisonnalité et si possible le bio, c’est encore mieux.

Cet encadré mentionne aussi les portions : elles sont finalement assez peu envahissantes dans ces nouvelles recommandations, et c’est une bonne chose. Car qui sait ce que représente une portion ? Une portion de quoi, pour qui, à quel moment ? Bref, je trouve que cette notion a une utilité vraiment limitée. Je préfère parler de fréquences, comme « deux fois par semaine au moins », ou des proportions, comme par exemple « dans votre assiette, mettez plus de légumes que de féculents ». Ces deux notions me paraissent plus faciles à mettre en œuvre et moins culpabilisantes que les portions journalières qui sont toujours plus ou moins arbitraires. Ce n’est pas parfait mais on va dans la bonne direction.

La part du végétal

Les aliments dont on recommande d’augmenter la consommation sont les aliments de base d’une alimentation végétale. Cette recommandation, associée à celle de réduire la consommation de viandes et de charcuteries, laisse une belle place (théorique) aux aliments végétaux.

Dans cette catégorie, on peut saluer un énorme progrès : les légumes secs sont enfin présentés comme une alternative possible à la viande, et sont proposés dans la rotation avec les habituels viandes, volailles et œufs. Même si on recommande alors de les associer avec des féculents (céréales), ce qui, on le sait, n’est pas indispensable, c’est déjà une avancée majeure pour l’alimentation végétale. Eh oui, c’est marqué dedans maintenant, on peut officiellement remplacer la viande par des légumes secs. Et toc, dans vos dents (pas si pointues) les relous qui nous bassinent avec la bidoche.

Le bio, les produits locaux et de saison

Dans cette catégorie Aller Vers, on peut saluer la présence forte des considérations environnementales, avec le bio (toujours accompagné d’un “si possible”, pour que les recommandations restent cohérentes pour tous les budgets), les aliments de saison, et les aliments produits localement. Tout cela me paraît tellement évident et pourtant, c’est complètement nouveau. Une bonne piqûre de rappel pour tous ceux qui sont engagés depuis longtemps dans une démarche d’alimentation plus durable : cette démarche est loin d’être majoritaire, alors travaillons à la rendre accessible et attrayante pour le grand public 🙂

Les huiles et les aliments complets

J’aime bien le fait que ces deux recommandations soient dans la catégorie Aller vers. Pour ces deux items qui sortent pas mal des habitudes alimentaires à la française (bonjour le beurre et le pain blanc!), encourager la progression me paraît tout à fait pertinent.

Le jus de fruit perd de son “aura santé”

Il n’apparaît pas dans les recommandations simplifiées, mais le jus de fruit en prend bel et bien pour son grade dans les recommandations détaillées. Alors que par le passé, le jus de fruits a pu être assimilé à une portion de fruit, il s’agit maintenant d’en limiter la consommation “le plus possible”, au même titre que les autres boissons sucrées. J’en suis tout à fait ravie. J’espère que cette recommandation me facilitera la tâche face à certains patients qui ne “boivent jamais de sodas ou autres” mais qui peuvent boire quasiment un litre de jus entre 7 heures et midi, en pensant bien faire.

Les peut-mieux-faire

Aliments ultra-transformés et Nutri-score

Alors que ce n’était pas du tout le cas précédemment, les nouvelles recommandations prennent en compte le degré de transformation des aliments et c’est une excellente nouvelle !

En revanche, la recommandation de réduire la consommation de produits avec un Nutri-score de D ou E va probablement entraîner leur disparition des rayons. Réjouissons-nous ? Pas vraiment, car en fait ils seront toujours là, avec une lettre plus chouette, et une composition quasi identique, mais suffisamment bien étudiée pour s’engouffrer dans les failles du Nutri-score et obtenir une meilleure note. Pour un produit toujours ultra-transformé, donc toujours à limiter.

Heureusement, les recommandations plus détaillées incluent des conseils pour choisir ces aliments, en portant attention notamment à la liste des ingrédients, en particulier les additifs et leur nombre. Mais pas sûre que cela suffise.

Au final, sur ce point, je suis plutôt contente de voir que les aliments ultra-transformés sont explicitement nommés (ce n’est pas le cas dans le nouveau guide alimentaire canadien par exemple) et à limiter. Je me réjouis aussi que plusieurs alternatives soient proposées. On parle donc du “fait-maison” évidemment, mais aussi ce que j’appellerai le “à moitié fait-maison“, c’est-à-dire cuisiner avec des aliments nature surgelés ou en conserve. C’est à mon sens beaucoup plus inclusif que le très radical “fait-maison avec des aliments bruts, frais, bio”, etc, car facile d’accès, bon marché, et utile pour limiter le gaspillage. Que demander de plus ?

Viandes et produits laitiers

Même si on s’améliore, la part des aliments carnés reste toujours élevée. Ainsi sur 14 repas (7 déjeuners et 7 dîners), en suivant les recommandations maximum, on peut consommer 4 fois de la viande rouge, 3 fois de la charcuterie et 2 fois du poisson, soit 9 repas avec des aliments protéinés d’origine animale. Cela sans compter les œufs ou la volaille pour lesquels aucune limite n’est proposée. On aurait sans doute pu aller plus loin en proposant des quantités à ne pas dépasser un peu plus basses.

Pour la consommation de produits laitiers, on recommande maintenant une consommation « suffisante mais limitée ». Je trouve que ce n’est pas très clair, mais au moins, on parle bien de limitation.

« Consommation à limiter, et totalement optionnelle » m’aurait plu davantage mais que voulez-vous.

Marketing et malbouffe

Tout de même un point positif du côté des produits laitiers : les desserts lactés ne sont plus comptabilisés avec les produits laitiers, mais dans la grande famille des “boissons sucrées, aliments gras, sucrés, salés et ultra-transformés”.

Autres membres notoires de cette famille : les gâteaux et les céréales du petit déjeuner sucrées. Autrement dit, on pointe enfin un doigt accusateur vers les aliments qui sont typiquement sujets de campagnes marketing intenses et destinées… aux enfants. Le Canada aura fait un pas de plus à ce niveau-là en incluant dans ses conseils généraux de “rester vigilant face au marketing alimentaire”.

Méga flop

Pour finir, que penser de cette recommandation sur la consommation de poisson ?

Alors que toutes ces nouvelles recommandations vont plutôt dans le bon sens, avec un fort accent sur les enjeux environnementaux de l’alimentation, les océans restent encore une fois sur la touche. Loin des yeux loin du cœur ? Un océan vide est moins télégénique que des centaines de milliers d’hectares de forêt primaire transformés en champs de palmier à huile, admettons. Pour autant, les données scientifiques sur l’impact environnemental de la pêche et de la surpêche existent bel et bien. Et sur ce point-là comme sur les autres, la santé de l’environnement aurait méritée une prise en compte au même titre que la santé humaine.

Pour conclure

Il y a plein de bonnes choses dans ces nouvelles recommandations. Il y a aussi beaucoup d’éléments qui pourraient aller plus loin.

Les gros plus : la part du végétal, les légumes secs en alternative à la viande, les noix, le fait-maison et le bio.

Les moins : le poisson, les limites insuffisantes sur les viandes et charcuteries, et malgré de gros progrès, un reste d’impression diffuse qu’il y a encore plein d’échappatoires pour les fabricants de malbouffe.

J’ai donc hâte de voir les futures campagnes de communication de Santé publique France : elles auront lieu tout au long de l’année 2019.

J’ai aussi hâte de voir comment les communicant.e.s de l’industrie agro-alimentaire vont s’accommoder des nouvelles restrictions sur leurs produits. Marketing encore plus agressif à destination des enfants ? Refonte des recettes pour décrocher des bonnes notes au Nutri-score ? Abandon définitif des produits aux compositions les plus crades ? Sur ce dernier point, on peut toujours rêver 🙂

Mon côté réalisto-pessimiste face aux enjeux financiers me pousse plutôt à prédire de vastes campagnes de greenwashing, et de nutri-washing (si ce concept n’existe pas encore, je l’invente, bim). Comme toujours, ce sera donc à nous consommateur.rice.s d’être vigilant.e.s.

Bonus

L’avantage d’être présente sur place lors de la présentation : j’ai pu voir les réactions à chaud. Les feuilles d’émargement me sont passées trop vite sous les yeux et je n’ai donc pas pu voir toutes les entités représentées. Mais quelques unes ont retenu mon attention, comme l’ANIA ou l’inter-profession laitière.

La limitation à deux produits laitiers par jour a suscité quelques réactions de tortillage sur les chaises et autres soupirs. De même, l’accent mis sur le fait-maison a aussi reçu un accueil mitigé.

Lors de l’explication de la démarche qui a conduit à la formulation de ces recommandations, on nous explique que différents groupes ont été interrogés, de différents âges et catégories socio-professionnelles (d’ailleurs pour éviter que les “CSP-” voient leur parole écrasée par les autres CSP dans les groupes de travail, biais courant dans ce type d’environnement, ils ont bénéficié d’entretiens individuels, pour une prise en considération efficace de leur avis. Top.). Parmi les groupes interrogés, *vague de murmures dans la salle*, des végétariens. Ciel ! L’objectif était de comprendre les leviers de la consommation de noix et de légumes secs. On est plutôt bien placé.e.s pour répondre à ça, mais quelle réaction pour quelques graines 🙂

A la fin de la présentation, mes deux voisines (employeurs non identifiés) se sont regardées d’un air dépité, en disant “Bon ben ça c’est fait”. Lol.

 

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